Le tombeau de Walter d'Andlau

Le tombeau de Walter d’Andlau, mort le 4 février 1630, et de son épouse Elisabeth d’Arbois, décédée en 1626, se trouvait auparavant dans l’ancienne chapelle contigüe à l’église, avant que celle-ci ne soit détruite en 1883. Des fragments provenant de tombes de cette ancienne chapelle se trouvent également sur le mur ouest de la cure. L’épitaphe des Andlau, sculptée, est entourée de seize écus aux armes des familles dont ils sont issus, ou de celles avec lesquelles ils ont contracté des alliances.

En 1624, Walter d’Andlau acheta la seigneurie de Grandvillars. En dehors de Morvillars, il résidait quelquefois à Thann, mais ne paraît pas avoir habité Grandvillars. Il mourut le 4 février 1630, peut-être de la peste qui ravageait alors l’Alsace. Sa femme l’avait précédé dans la tombe vers 1626. Ils furent tous deux enterrés à Morvillars dans la chapelle des seigneurs contigüe à l’église. Leur tombeau, très joliment sculpté, fut abimé lors de la Révolution.

En 1882, quand on démolit la vieille église, ses restes furent incrustés dans le mur ouest de la cure, mélangés à des débris d’un autre tombeau seigneurial, qui existait dans le même monument, mais sans qu’il y reste aucun nom qui permette d’en identifier le propriétaire. L’épitaphe des d’Andlau est entourée des noms des familles d’où ils descendaient, en général illustres. Ce sont, pour le mari : Andlau, Eptingen, Roschach, Zum Weyer, Lauffen (Laufon, Reinach, Rothlieb, Rechberg ; et pour la femme : Arbois, Brunighoffen, Steinbrunn (Pierrefontaine), Eptingen, Mantre (Mandre), Wandre (Vaudrey) Taxfeld (Tavannes), Zum Weyer

En mourant, Walter d’Andlau laissait des dettes, la seigneurie de Grandvillars n’étant pas complètement payée à l’Autriche, mais l’ensemble des villages était reconstitué comme avant l’achat de Morvillars par les d’Arbois, et le blason, d’azur à trois écussons d’argent, était de nouveau vrai. D’après la tradition, chacun des écussons représente un des villages Grandvillars, Morvillars, Thiancourt (Méziré ne figurait pas). Albert Viellard croit plus juste que le grand blason figure Grandvillars (lieu principal, capitale et centre des quatre villages) et chacun des petits les annexes : Morvillars, Méziré et Thiancourt.

Documentation : Albert Viellard – histoire de Morvillars et Méziré

16 écus aux armoiries les plus diverses

Walter d’Andlau mort en 1630, avait épousé vers 1595 Elisabeth d’Arbois, veuve de Jean Sébastien de Reinach, seigneur de Morvillars de 1589 à 1593. Elisabeth était la fille de François d’Arbois qui avait possédé cette seigneurie. Elle décéda en 1626.

Leur tombeau très joliment sculpté se trouvait dans la chapelle contiguë à l’église.

L’épitaphe des d’Andlau est entourée de 16 écus aux armoiries les plus diverses des noms des familles dont ils descendaient, en général illustres. Ce sont pour Walter d’Andlau : Andlau, Rosbach, Eptingen, Zum Weyer, Lauffen, Reinach, Rothlieb, Rechberg Pour Elisabeth d’Arbois : Arbois, Brunighoffen, Steinbrunn, Eptingen, Wander, Taxfeld, Erein, Mantre.

(Dans Etude sur l’histoire de l’église de Morvillars – Michel Renard) Idem pour les 5 photos qui suivent.

Qui était Walter, seigneur de Morvillars ? (Est Républicain 27/09/2017)

Précisions sur la tombe « du seigneur de Morvillars » située en façade du presbytère : il s’agit de celle de Walter d’Andlau et de son épouse Élisabeth d’Arbois. Explications d’un historien médiéval local.

Qui était Walter d’Andlau ? Pourquoi est-il enterré à Morvillars ? 

Quelles sont les armoiries médiévales sculptées sur sa tombe ? À la suite de la publication de notre article consacré à la création d’un prieuré dans l’ancien presbytère (notre édition du 10/09), un habitant de Chavannes-les-Grands, Daniel Lougnot, nous a écrit pour nous donner des précisions sur « le monument lapidaire armorié » présent en façade du presbytère financé par la famille Vieillard. « Il s’agit de la tombe de Walter d’Andlau, décédé le 4 février 1630 et de son épouse Élisabeth d’Arbois décédée en 1626 », précise-t-il. 

« Le monument funéraire du Moyen Âge le plus riche »

Il souligne « l’état remarquable de conservation de ce monument connu des seuls initiés ». Selon ses recherches, cette tombe est le monument funéraire du Moyen Âge le plus intéressant du Territoire. « Les armoiries qu’il porte retracent un pan de l’histoire médiévale du secteur de Morvillars », précise-t-il. « Elles évoquent quelques-unes des familles nobles les plus influentes du secteur ». Et méritent à ce titre d’être intégrées avec attention à la rénovation du presbytère. La mairie de Morvillars a elle aussi « enquêté » et reconstitué les grandes lignes du destin de ce seigneur installé entre le Territoire et l’Alsace (à lire sur le site web municipal), à une époque où le secteur était autrichien jusqu’à Belfort.

Qui était Walter d’Andlau ?

Il devient seigneur de Morvillars en épousant Élisabeth, fille de Jean d’Arbois, propriétaire de cette seigneurie. Il s’y installe et réside parfois à Thann. En 1624, il achète la seigneurie de Grandvillars à l’Autriche et la réunit à son domaine de Morvillars. 

Pourquoi est-il enterré à Morvillars ?

Walter d’Andlau meurt le 4 février 1630, peut-être de la peste présente alors en Alsace, quatre ans après son épouse Élisabeth d’Arbois. Ils sont tous les deux enterrés dans la chapelle des seigneurs contiguë à l’église. Comme il n’a pas fini de payer ses dettes, son fief est retourné à l’Autriche, puis rejoindra le royaume de France.

Que représente le tombeau ?

Seule la partie basse concerne Walter et Élisabeth. Les armoiries des époux figurent en grand, de chaque côté. Outre une croix et l’épitaphe sculptée des Andlau, seize « écus » ont été ajoutés. Ces blasons en forme de bouclier retracent l’arbre généalogique des deux époux. « Ces 16 blasons correspondent aux quartiers de noblesse, c’est-à-dire aux huit arrière-grands-parents de l’époux et aux huit arrière-grands-parents de l’épouse », précise Daniel Lougnot.

Le blason de Morvillars s’y trouve-t-il ?

Le blason de Morvillars, pyramide bleu azur contenant trois écussons d’argent, ne figure pas : il a été créé et enregistré un siècle plus tard, « par la famille de La Bassinière, titulaire du fief à cette époque » ajoute l’historien. La description héraldique du blason de Morvillars est « d’azur aux trois écussons d’argent, chapé du même », poursuit M. Lougnot.

Pourquoi certaines sculptures sont-elles rognées ?

Les intempéries semblent avoir fait fondre la pierre. « L’ensemble a heureusement échappé aux burineurs révolutionnaires de l’an II » estime Daniel Lougnot. Selon lui, les blasons ont une valeur patrimoniale inestimable : figure unique, ils forment la carte d’identité de ce couple de seigneurs. « Les pierres sont toutefois remarquablement conservées : ailleurs, lors de l’an II de la Révolution, la recommandation était de faire disparaître toute trace de la noblesse ».

Quelles sont les armoiries des d’Arbois, seigneurs de Morvillars ?

D’après l’annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l’Europe (1865), ce sont des béliers ou des ours passant (posés sur leurs quatre pattes). Pourquoi le tombeau se trouve-t-il en façade du presbytère ? Quand l’église a été détruite en 1882, les restes du tombeau ont été incrustés dans le mur ouest du presbytère où ils ont été protégés. Ils ne figurent dans aucun guide, malgré leur intérêt.

Textes Christine RONDOT

Les secrets du monument lapidaire (Est Républicain 27/09/2017)

L’historien local Daniel Lougnot donne ici la traduction latine des inscriptions lisibles, ainsi que l’identité des blasons :

- L’inscription latine dans le cartouche central : « Scio quod redemptor meus vivit et in novissimo die de terra surrecturus sum et in carne mea videbo Deum Salva (t) orem meum : Je sais que mon Rédempteur est vivant et qu’au dernier jour je ressusciterai de la terre et que dans ma chair je verrai Dieu mon Sauveur ».

- Les blasons représentés sont (horizontalement de gauche à droite) : Schnewlin zum Weyer, Reischach, Eptingen, Andlau, Arbois, Brinighoffen, Pierrefontaine, Eptingen, les huit arrière-grands-pères. Verticalement à gauche : Lauffen, Reinach, Rothlieb, Rechberg, les quatre arrière-grands-mères de Walter d’Andlau. Verticalement à droite : Mandres, Vaudrey, Tavannes, Zu Rhein, les quatre arrière-grands-mères d’Élisabeth d’Arbois. « La lecture des blasons permet de voir que les deux époux, Walter (prononcer Valter) et Élisabeth avaient un ancêtre commun ». Tous deux ont le blason de la famille d’Eptingen (un aigle aux ailes éployées, c’est-à-dire ouvertes). Les racines de la famille d’Arbois se trouvent dans le Doubs, en Haute-Saône, en Suisse, à Mulhouse.

Élisabeth d’Arbois, fille puis épouse du seigneur de Morvillars

Elisabeth d’Arbois n’est pas du Jura mais de Morvillars. Son père est seigneur du fief. Elle épouse en premières noces Jean-Sébastien de Reinach (famille qui possède encore aujourd’hui un château familial en Alsace !). Après son veuvage, elle se marie avec Walter d’Andlau qui vient vivre à ses côtés, sur ses terres. Il descend d’une famille noble originaire de Basse-Alsace mentionnée dès la seconde moitié du XIIe siècle, indique Daniel Lougnot. Walter, lui, est veuf d’Ursule de Reinach. 

En épousant Élisabeth d’Arbois vers 1595, cet héritier de la ligne aînée dite d’Andlau-Kingersheim, officier au service de l’Autriche qui commanda la place de Lure, change de stature : il achète la seigneurie de Grandvillars qu’il réunit à son domaine en 1624. « Cela signifie que son épouse avait bénéficié du droit d’hériter du fief de son père, privilège habituellement réservé dans le code féodal aux descendants de la ligne masculine », commente Daniel Lougnot. « Par ailleurs, le fait que Walter d’Andlau ait acheté la seigneurie de Grandvillars signifie que ce fief, devenu vacant par la mort sans postérité de son feudataire, avait été cédé par le pouvoir autrichien comme un alleu, c’est à dire un bien propre, héritable au sens où nous l’entendons aujourd’hui », poursuit l’historien. « La preuve est qu’une part importante du prix de la seigneurie de Grandvillars n’ayant pas été payée par Walter d’Andlau à son décès, elle fut récupérée par le roi de France après le traité de Wesphalie, pour être revendue à Nicolas Barbaud ».

Élisabeth d’Arbois appartient à une famille comtoise remontant également au XIIe , siècle qui donna de nombreux officiers au service des ducs de Bourgogne, ajoute encore Daniel Lougnot.

Les ornements seront préservés

« Les ornements lapidaires seront conservés », assure Cyrille Viellard. Il vient de faire don du presbytère à l’association du Prieuré Saint Norbert en vue de sa transformation et de l’accueil des quatre frères prémontrés du diocèse). Attaché au patrimoine, il portera une attention particulière à la préservation du monument.

La vraie tombe de Walter d’Andlau, seigneur de Morvillars (Est Républicain 09/10/2017)

« En fouillant dans ma bibliothèque, je viens de découvrir une photo de la tombe Andlau/Arbois au moment du démontage de la vieille église de Morvillars ». L’image transmise par l’historien local Daniel Lougnot permet de voir que le monument lapidaire armorié correspondant au tombeau, actuellement situé en façade de l’ancien presbytère, est une recomposition.

Lors de l’agrandissement de l’église, assorti d’une démolition à la fin du XIXe siècle, le tombeau de Walter a été remonté autrement : la plaque supérieure a été ajoutée à l’ensemble. L’historien donne la clé de l’histoire : « Les blasons figurant sur cette plaque évoquent le couple Cointet de Fillain/Kempf d’Angreth, descendants indirects de Walter d’Andlau qui hérita de la seigneurie de Morvillars vers 1671/72, date qui figure sur cette plaque » précise M Lougnot.

« J’en déduis qu’il s’agit vraisemblablement d’une plaque posée au fronton d’une demeure de ce couple plutôt que d’une plaque funéraire dont elle n’a aucun des attributs habituels ». Walter d’Andlau, qui racheta la seigneurie de Grandvillars et la réunit à son domaine alsacien en 1624, est décédé en 1630. Son épouse, fille du seigneur de Morvillars précédant, est décédée quatre ans auparavant, en 1626, probablement de la peste qui sévissait alors en Alsace voisine.

Généalogie ascendante de Walter d'Andlau et Elisabeth d'Arbois (d'après Généanet)